Une mèche de cheveux vole au gré du vent. Il a les yeux plissés tentant ainsi de les protéger des bourrasques fouettant son visage. Malgré cela son regard laisse
transpirer sa concentration et le feu qui l'habite, atisé encore par le vent qui souffle sur Saint Pierre des Fleurs. Ses pommettes saillantes, son gros nez et les muscles de ses
machoires fermemant serrés laissent deviner un homme dur au mal, éprouvé par les coups du sort mais dont il a toujours su se relever.
Il a la posture des grands jours. Droit, il accentue encore sa prestance. Son physique déjà fier est encore appuyé par la détermination que son corps laisse transparaitre.
Il sait ce qu'il l'attend, il sait ce qu'il à faire. Mais avant il a envie de faire caca alors il va dans les fourrés avec ses petits mouchoires.
C'est donc à Saint Pierre des Fleurs que Boubou va manger le premier gros morceau de sa saison avec le championnat de Normandie de duathlon LD.
Il respire la confiance. La paraculaire aiguisée et fartée, le dérailleur arrière réglé au poil de cul, un peu de repos les 2 jours précédents la course, il n'a plus qu'à faire ce
pour quoi il est né, ce pour quoi il a ce corps, ce pour quoi il s'entraîne si âprement. Il n'a plus qu'à leur défoncer la rate.
Après avoir fait quelques kilomètres sur son vélociraptor pour une ultime vérification, c'est vers le parc que Boubou se dirige.
A son entrée, c'est la colère et l'indignation qui viennent maintenant emplir notre homme. L'homme en noir et blanc lui annonce l'interdiction de la paraculaire pour cause d'un
vent trop fort. Le temps d'une seconde Boubou tête baissée, regard haut, hésite à lui fracasser sa race, mais c'est avec un rictus qui en dit long qu'il relève la tête, fixant le
bougre et tournant les talons. (Mais chié quand même !)
A toute hâte il retourne à son véhicule récupérer sa cosmic pour un rapide échange. Il croise Tom qui va également effectuer la même opération que lui. L'expérience et la
gestion des aléas extra-course est l'apanage des champions. Guigui arrive marqué par l'affolement et la précipitation (il fait de l'huile en fait), quemandant deci delà de quoi manipuler une
cassette. Nous sommes à quelques 15' minutes du départ.
Au gré d'une pirouette dont seul le sort à la possibilité et à quelques minutes du départ, le corps arbitral permet finalement l'utilisation de la paraculaire moyennant la
signature d'une décharge (NDLR : "?!?!" )
Boubou se relaisse gagner par la colère et l'énervement. Il est maintenant trop tard pour effectuer une ultime inversion et prend faite et cause du matériel en place.
Faisant fî de ces boulversements, Boubou va effectuer quelques foulées et accélérations avant que ne soit donné le départ. Il sait que le vent et le froid vont mettre les organismes à rude
épreuve, hélas il n'a pas pensé à ce munir d'une petite laine compétitive ou d'un quelconque t-shirt. Tout juste a t il eu la présence d'esprit de prendre ses manchettes.
Tentant de ce préparer au mieux à ce qui va suivre, il se permet encore quelques accélerations mais ce faisant, il ne peut se placer correctement sur la ligne de départ. Il trouve néanmoins
un petit interstice à l'extérieur de la 2ème ligne derrière Aldebert. Avant le départ il se concentre, il se sait brave et pur, impavide devant les forts, humble devant les faibles. Il courra
avec honneur. Il rage néanmoins à l'idée de ne pouvoir effectuer son Big Mother Fucking Start.
Et effectivement, sitôt le coup de semonce donné par le premier magistrat du village, Boubou est enfermé sur l'extérieur et Aldebert bouchonne. Il est obligé de temporiser et ne peux
pas passer à l'avant course. "Mothafuck !" pense t-il.
La première petite boucle de 700 m est l'occasion de faire les groupes. Devant, les favoris, Leduey, Cadalen, The Butcher, Py et autres Meyrinck. A quelques mètres c'est le groupe des
seconds couteaux. Aldebert, Tryoen, Martinou, Cinturel et autres Boubou.
Enfin, ils arrivent sur la grande boucle à parcourir 8 fois sur le total de la course.
Fort d'un esprit de compétition averti et fin tacticien, il aime le risque. Boubou a donc pris le parti de partir vite afin de disposer de quelques conccurents plus forts que lui pour
se protéger du vent qui balaye la parcours de part et d'autre. Hélas, Eole les effraie et peu d'entre eux ont l'âme d'un guerrier, personne ne veux prendre le rythme à sa charge et tous
se mettent derrière Boubou. "Mothafuck !" pense t-il à nouveau. Car effectivement il n'aime pas les pleutres. Aussi décide t -il de poser une mine pour prendre 10 m d'avance et ainsi les laisser
se démerder tous seuls. Quitte à être face au vent, autant l'être seul.
(Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que la photo de Barbichouette respire le vent)
La grande ligne droite passée, il réintègre et se fond dans la masse du petit groupe. La foulée légère mais néanmoins dynamique, il observe ses conccurents directs essayant de deviner
le degré d'intensité qui est le leur.
Au 4ème kilomètre, D. Avenne relance un peu le train et Boubou hésite à rester dans le groupe de peur de sur régimé. Mais une fois le virage en épingle pris, il n'a plus à se poser la question,
le vent de face vient rebattre les cartes et mieux vaut ne pas être tout seul en ces endroits par trop ventés.
Hélas lors du ravitaillement, alors que Boubou faisait quelques pas de côté pour se désaltérer brièvement, le couars qui composaient le groupe dont il faisait parti, redoutant sûrementi
une nette domination de ce dernier, en profite pour se lier et prendre quelques mètres d'avance.
Le vent dans le visage, il ne peut contenir un petit sourire en coin, mélange de condescendance et d'assurance. Adapation et flexibilité ne sont pas de vains mots dans le vocabulaire
Bouboutesque, aussi, après une brève analyse de la situation, il décide de temporiser légèrement pour ne pas hypothéquer le reste de la course à tenter de raccrocher le train devant. Certes, ils
ont gagné la première bataille.
Dans les derniers 1500m, la casaque verte flashy d'Arnaud Cinturel rejoint Boubou tandis que celui-ci ingurgite un petit gel. Et c'est en compagnie d'Hillaire qu'ils rentrent à trois dans le
parc après 35'40 de course.
Transition pas trop pourrave et Boubou et Arnaud sortent conjointement du parc.
Malgré des sensations pour le moins hésitantes avant la course, un essai peu concluant à Bois Guillaume, Boubou ne désespère pas d'effectuer un vélo solide et pourquoi pas, s'accrocher à
Sieur Cinturel. Il a d'ailleurs le sourire aux lèvres car rapidement il récupère quelques outrecuidants l'ayant semés sur la partie càp. "Bataille 2" remportée par Boubou.
Làs, ce n'est qu'une brève illusion. Après quelques kilomètres il se rend à l'évidence, malgré des muscles turgescents, des veines saillantes et une coordination et synchronisation
musculaires à faire pâlir un horloger Suisse, il se fait légèrement distancer par son coéquipier. Pis, certains gros nuls le doublent ! "Bloody bastards !" est il obligé de penser.
Le sort s'acharne. Effectivement, alors que son dérailleur arrière était parfaitement réglé pour sa paraculaire, le changement de roue de dernière minute ne semble pas avoir été apprécié par ce
dernier. Boubou doit en effet jouer du dérailleur et s'y prendre à plusieurs fois pour changer de vitesse.
Mais notre homme est loin de se démobiliser pour si peu. Il sait que tant que la course n'est pas finie, rien n'est fini, quand bien même un ou 2 gros costauds le dépose au vélo. (C'est lorsque
le 3ème passera, qu'il aura enfin le bon sens de ce dire "Ah oui c'est vrai, y'a les relais".
Au gré des 3 premiers tours, Boubou reste régulier, mais le vent et le froid commence à faire leurs effets, il n'arrive pas à se réchauffer et l'organisme s'use à lutter contre les éléments.
Le visage buriné par les bourrasque est désensibilisé. Hillaire le reprend et si Boubou arrive à tenir le léger différentiel d'allure sur plusieurs kilomètres, petit à petit, dans la grande
ligne droite vent de face, il prend du retard.
Puis c'est le rovalilois, Cirette qui le double. "BURNNNN ASSHOLE !!!"
Boubou ne peux y croire, pas lui, pas l'infâme Wilfried qui va lui rabattre les oreilles pendant 2 ans de cette course.
Il tente de garder son calme. Il a confiance en sa course à pied et à moins de 2 tours vélo à tenir. Hélas toujours dans cette grande ligne droite vent de face, Boubou reste
impuissant devant sa Garmin indiquant difficilement 28 km/h là où, déjà à son mécontentement, elle en affichait 30 sur les premiers tours.
Les relances sont moins pêchues, l'ascension de la côte moins agressive. Le dernier tour devient de plus en plus subi.
Il relâche dans les derniers kilo, concentré sur la deuxième course à pied. Tellement concentré sur les éléments extérieurs qu'il n'a pris qu'un gel et un peu de boisson énergétique durant le
vélo.
Arrivé au parc, pose du vélo, enlevage du casque, enfilage des Green Silence Of Death (sans crampes), Boubou s'apprête à partir, mais il cherche vainement son bandeau. "Bullshit !" Il a
disparu. Sûrement embarqué par un fan adulateur qui le mettra sous cloche sitôt après l'avoir léché afin de gouter quelques gouttes de sueur de son idole.
Boubou s'élance pour la fin de son tryptique.
Il essaie de tromper l'évidence. Sa Garmin annonce 15km/h, c'est certes un peu rapide, mais sachant le début de parcours favorable, Boubou s'en accomode. Le vent et le froid le
saisissent toujours un peu plus. Il espérait vainement que la partie pédestre le réchaufferai un peu. Il devine à quelques centaines de mètres les silhouettes déguiguandées de Cirette et
Hillaire. Il tente de poser sa foulée, les mollets le tiraillent, les cuisses tentent difficilement d'accueillir chaque pose de pied mais c'est quotidien de tout Ironman qui se respecte.
Dans la côte, la gestion est de mise, il sent les crampes monter au nez de ses fibres musculaires. Malgré cette fine gestion, une fois en haut et malgré l'ingestion d'un gel, il
sent ses forces l'abandonner. Il se traîne difficilement et sens que l'hypoglycémie est déjà présente. Le deuxième gel qu'il a sur lui ne change rien à la donne. Pire, sa faim est
encore plus grande. Il se bagarre pour rester malgré tout au dessus des 13 km/h. Il sait que le ravitaillement approche et qu'il sera son ultime planche de salut.
A son niveau, Boubou prend le temps de s'arrêter, s'enfile 2 grands godets de coca et repart tranquillement.
L'effet est pratiquement immédiat. Il se sent ragaillardi. Alors certes, ce n'est pas tambour battant qu'il repart, mais les sensations sont bien meilleures, le Garmin repasse vers des
valeurs un peu plus appréciables, d'autant que la descente du parcours va l'aider à se remettre dans le rythme. Il perd néanmoins encore une place au profit d'un coureur de Tri
Sud, mais se sait trop juste pour tenter tout accrochage. Derrière, les poursuivants sont trop loin pour que Boubou est besoin de s'employer vraiment pour garder sa place.
Il franchit la ligne d'arrivée en 2h51'24.
Malgré les moults vestes, t-shirt et autre polaire dont il se couvre dans le gymase, c'est plusieurs dizaines de minutes qu'il faudra à Boubou pour arrêter de grelotter. Marqué par la difficulté
de la course, les traits tirés, les yeux creux, il tente de se poser un peu.
En attendant les podiums ( car MSA Tri est champion de Normandie par équipe avec The Butcher, J.PY et A.Cinturel), et en discutant avec le reste de la Green team, il ne peut
s'empêcher d'une brève analyse de sa course. Car il ne peut que constater, que malgré une première càp plus rapide que les précédentes années, le reste de la course ne l'est pas. Il trouve moults
raisons afin d'essayer de tempérer ce triste constat. Un départ un peu trop rapide, un vent beaucoup plus présent que les années précédentes, une mauvaise alimentation au regard des
conditions qui lui causa son début d'hypo. Mais la vérité est trop grande pour se laisser cacher par ces artefacts. Boubou c'est déchiré.
Sans compter que si le temps final est sensiblement identique aux années précédentes, le classement, lui, ne l'est pas du tout. Ils progressent ces cons !
Mais Boubou sait rebondir sur les évènements tel un chinchilla sur un trampoline et déjà il lorgne sur le stage en Ardèche à venir et sur les prochaines échéances, car non, Boubou
ne va pas s'en laisser compter si facilement.
A+