Après avoir récupéré une semaine à MSA de ma semaine à l'Alpe, me voilà reparti 2 semaines à Embrun en grand baroudeur que je suis. Un petit voyage en 2 étapes pour éviter la fatigue inutile et arriver le samedi après midi en notre lieu de villégiature.
Enfin. Enfin, nous allons pouvoir profiter de ce grand air, purifiant nos poumons trop viciés de l'atmosphère urbain, de ce ciel bleu qui rend joli n'importe quelle photo, de ce soleil abondant qui envoie ses rayons se réfléchir à la surface d'une eau qui n'attendait qu'eux pour dilater nos pupilles encore trop peu habituées à cette abondance d'électrons qui nous agresse, nous rappelle notre morne région faite de pluie, de vent, de tristesse et où seule la mort s'y complait.
Nous restons donc enfermé tout le dimanche pour éviter la pluie.
Au gré des jours suivants, et de nos sorties au lac, nous rencontrons quelques membres de la green team de MSA logeant au camping. Ah, comme je suis heureux d'être assez riche pour ne pas avoir à me loger au camping. Comme je suis heureux de ne pas avoir à subir toute cette promiscuité, ces bruits intempestifs, d'avoir à partager mes latrines. Brrrrr, Grand Dieu, j'en ai des frissons rien que d'y penser.
Nous profitons également des charmes du coin avec un apéro chez les proprios et au delà de la liqueur de génépi, vin de noix, tapenade, etc. Ce fut véritablement sympathique et intéressant de discuter avec des gens de là-bas nous faisant partager leurs connaissances.
Mais de mon côté, j'attends impatiemment jeudi. Le jour libérateur. Celui qui me verra retirer mon carcan scapulaire et ainsi permettre mon retour à une vie pleine d'entrain et de performances physique toutes plus anodines les unes que les autres. C'est ainsi que le jour dit, je retirais mes anneaux, et, tel un papillon déployant ses ailes au sortir de sa chrysalide, j'arborais ma nouvelle clavicule. Direct, je chaussais mes runnings pour 25' d'un footing de folie. (En fait 1'45 de folie et le reste d'agonie).
Exploit que je reéditerai le lendemain durant 40'. Voilà qui parfaisait ma condition physique juste avant ma traditionnelle "expédition" prévue pour samedi...
Direction le Mont Guillaume à 2600m d'altitude depuis Embrun à 900m d'altitude, à pied et sans assistance.
Je prépare mon matériel avec soin. Mon short eider spécial aventurier. Mes Shoes Lafuma avec semelle Vibram édition "spécial Bouquetin". Un grand Tshirt rouge, pour cacher d'éventuelles blessures sanglantes. Mon couteau suisse en cas de combat acharné avec une bête sauvage, ainsi qu'une ration de survie ( de l'eau et des petits biscuits. C'est bon les petits biscuits).
9h15, départ. "Ne t'inquiète pas Mme Bouboute, je serais là pour le déjeuner."
Je gravis les premières pentes tel le cabri sa montagne. Perdu dans la montagne, il n'y a pas âme qui vive, je n'ai pas le droit à l'erreur. Mes sens sont à l'affût dans cet environnement hostile. La vue pour se repérer, l'odorat et l'ouïe pour sentir et entendre le danger, le toucher pour se gratter les boutons d'insectes, le goût pour connaître l'âge des excréments des animaux et enfin ce sixième sens propre à ces êtres humains qui n'ont pas perdu le contact avec la nature, celui que d'aucuns appelerai "l'instinct" et que moi j'appelle, "l'animal".
Après quelques détours pour cause de mauvais balisage (y z'ont pourtant que ça à foutre !), je retrouve le bon chemin et continue l'ascension. Au loin j'entends un chien aboyer. C'est un aboiement lourd et agressif, typique d'un très gros chien qui cherche à impressionner avant l'attaque. Probablement me sent-il arriver vers lui. Probablement sent-il l'homme-animal se rapprocher de lui à grandes enjambées. Il a lui aussi ce sixième sens qui lui indique la bête carnassière qui vient vers lui, capable de tuer un bison à coups de boules.
Malgré les obstacles, je garde mon allure soutenue et franchis les ruisseaux, saute les obstacles, mes cuisses commencent à chauffer. Je retrouve le chien ! ... qui joue avec son maître sur le parking. Brave petit caniche.
Il y avait donc un parking pour aller à mi-parcours...
Le chemin pour accéder au sommet se fait plus rocailleux , la végétation plus rare. Ici la vie est une denrée rare. En ces contrées reculées, seuls les plus résistants survivent. (En plus du couple avec la vieille dame et le monsieur à la canne). A une telle altitude où la déclivité est importante, le terrain instable et où l'air se fait plus rare, la robustesse est mise à rude épreuve. Ici, on ne peut plus se fier à la technologie, seul l'instinct nous garde vivant. L'Iphone n'a pas été conçu pour de telles conditions.
Malgré mon rythme, je suis encore loin de mon but. Je commence à doubler certains randonneurs, sûrement partis très tôt cette nuit pour accéder au sommet. Je les encourage en passant, c'est le moins que je puisse faire. Le regard vers le sommet, je distingue les nombreux laçets me séparant de mon but.
"Allo, Mme Bouboute. Oui, bon, finalement ne m'attendez pas pour manger."
Plus que quelques virages. Des randonneurs sont assis sur le côté, tentant de retarder leur heure.
Après ces longues semaines d'inactivités, cela devient difficile et je marque le pas. Je prends une légère pause à quelques longueurs du but.
Enfin j'y suis. Sur place, une chapelle et une stelle. Sûrement pour honorer les nombreux morts qui ont tenté cette ascension. Je surplombe Embrun et ces environs.
La vue est superbe et je reste 15/20' pour profiter et récupérer un peu. Le temps de prendre un couple de hollandais en photo (J'ai cru que c'est moi qu'ils voulaient prendre en photo) et déjà je repars. Je ne peux me permettre de rester trop longtemps le manque d'oxygène pourrait me gêner. La descente n'aura pour seule intérêt que de me défoncer les pieds et les cuisses en plus de me paraître d'une lonnnnnnnngueur inoportune.
Rentré au bercail vers 15h, je m'affale dans le jardin et ouvre la bouche pour qu'on me nourrisse.
Mais ma condition physique est ce qu'elle est et déjà le lendemain, je gambadais dans mes runnings et tentais de reprendre la natation dans mon maillot de bain.
Rencontre avec les derniers arrivants. Les Copsté, Ben, Yann Martin, Butcher et autres Guigui.
La veille de la course, je m'octroie quelques 30-30 avec Copstésaure, histoire de placer ma foulée et de montrer à Zamora que je suis de retour sur le terrain.
Lundi 15 août, 5 heure du matin. "T'ain le triathlon c'est nul, surtout si t'en fais pas !"
Debout, la cracotte a tenu à m'accompagner pour voir le départ. 5h45 sur place.
6h, le départ est donné.
Bon, alors ça sert à rien de venir, on voit rien, il fait nuit.
Je passerais la journée à arpenter les environs du parc encourageant les copains, prenant quelques photos, échangeant quelques infos sur l'état des troupes "d'aimer ça" avec mes "relations".
(Jeff, je veux que tu prennes conscience que par respect et pitié pour toi ainsi que dans une grande magnanimité, je ne mets pas de photo de toi. Rends toi bien compte que cette dernière est un pépite pour moi et qu'elle aurait pu augmenter la valeur de l'article de manière incommensurable ainsi qu'attirer des lecteurs du monde entier. Voilà, ce petit aparté pour que tu prennes bien conscience des choses).
"Photo qui tue mais que je ne mets pas"
Je ne m'octroie qu'une brève pause pour manger un peu. Un peu plus tard pour boire une tite bière et un peu plus tard pour aller nager un peu dans le lac. Ouai, bon, plusieurs pauses.
Et c'est en suivant l'épreuve que j'eus cette réflexion : Tiens, j'ai participé à plus d'IM en tant que spectateur qu'en tant que conccurent. Arffff, ça devient mauvais. Note pour plus tard : inverser la tendance.
La journée fut longue et hélas les performances pas celles escomptées ( à part pour Thibault mais ça on s'en doutait, c'était sûr).
Le reste de la semaine fût un mix de remise en forme à l'aide de running sessions de folie et nata de gueudin, de culture avec la visite de quelques Forts et autres remparts ainsi que festoiement avec des "repas groupés" le tout dans un four thermostat 35°.
Mais déjà l'heure du retour se fait entendre. Et nous dûmes rentrer le coeur lourd et le portefeuille léger vers notre chez nous où, déjà, d'autres aventures m'attendaient...
A+
P.S : P'tain avec des titres comme ça on va croire que je bosse à l'Equipe !




